Le bonheur ? Oh ! tant de visages…
Petits et grands bonheurs, vieux et jeunes bonheurs,
Bonheurs sans âge.
Le brin d’herbe oublié derrière les faucheurs.
Mon bonheur. Mon bonheur qui sent la fleur sauvage
Mes doigts l’ont tant serré qu’ils en sont douloureux
Et je ne sais plus bien ni comment je le veux
Ni comment seront faits les barreaux de sa cage.
Mon bonheur de ce soir et celui de demain,
Se ressembleraient-ils, ne seront plus les mêmes.
Bonheur des grands chemins
Vous apprivoise-t-on comme un duvet que sème
Le pissenlit amer dans les remous du vent ?
Bonheur de la maison, brillez-vous sous la cendre
Comme le tison d’or que l’on croit endormi ?
Bonheur de ceux qu’on aime et par qui sont remis
Tous les vagues remords de nos coeurs anxieux,
Bonheur qu’on lit au fond des yeux
Comme un miracle tendre,
Bonheur de croire à la bonté du jour levant
Malgré tout ce qui fut, tout ce qui vous attend…
Sabine SICAUD
Sabine Sicaud est une jeune poétesse française, peu connue mais extrêmement douée, du début du 20e siècle, emportée par la maladie à 15 ans.
En savoir plus sur sa vie, son oeuvre
Récemment, j'ai été contactée pour aider en français une jeune fille de 14 ans, scolarisée en 5e dans le secondaire luxembourgeois (l'équivalent d'une 3e française). Elle devait imaginer et écrire un récit de science-fiction, en respectant différents critères, sur l'un des 3 thèmes suivants:
-Une rencontre inattendue
-Une décision difficile
-Une expérience qui tourne mal
Nous avons travaillé ensemble les 3 sujets, et avec l'accord de la jeune auteure, je partage ici l'un de ses textes (selon moi le meilleur des trois), car j'ai été impressionnée par la maturité de sa réflexion et la qualité de son écrit.
Je précise que toutes les idées sont les siennes et que je suis intervenue exclusivement sur la mise en forme (orthographe, conjugaison, syntaxe...), le français n'étant pas sa langue maternelle. Je lui ai dit que je n'aurais pas fait mieux et j'étais sincère. Bravo à elle pour ce récit tendu et profond qui pourrait être une nouvelle éditée !
Une
décision difficile
J’étais assis à mon bureau, la
tête entre mes mains, désespéré. Devant moi était posée la
photo de ma famille au complet. J’étais le plus jeune, mais aussi le plus
grand, et j’avais un sourire heureux qui me manquait terriblement aujourd’hui. Je
ne savais pas comment avancer dans ma réflexion. Je tournais et je retournais
le problème sans trouver de solution. Ce jour de 2090 était le pire de ma vie. Comment allais-je choisir ? Ce n’était pas ma
faute si la vie sur Terre était devenue impossible. Je ne voulais pas rejoindre le
vaisseau prêt pour le dernier voyage à destination de Pluto. Je ne voulais pas partir
en laissant des gens derrière moi.
Une alarme retentit. Les
écrans devinrent rouges et une voix annonça qu’il ne nous restait pas plus de
deux heures avant le départ du vaisseau. Mon cœur battit plus vite. Je regardai
encore et encore la liste des passagers, cherchant une dernière fois comment
prendre cette décision impossible. Dehors, le ciel était noir de pollution et
d’humidité. Il allait sûrement y avoir un orage. La Terre était en train de
mourir, épuisée par l’avidité humaine, et je n’avais plus que deux heures pour
me permettre d’hésiter.
L’heure du départ approchait
et les derniers habitants se tenaient près du vaisseau : certains devant
la porte avec leur laisser-passer, d’autres autour, en cercle, avec une
expression désolée. Une vieille femme courut vers l’entrée du vaisseau et des
soldats la repoussèrent sans pitié. « Pas de place pour les
anciens !, crièrent-ils. Pluto, notre nouvelle Terre, a besoin de
personnes jeunes, fortes et en bonne santé pour construire
l’avenir ! ». A peine le calme était-il revenu que l’alerte incendie
sonna : il y avait des flammes près de l’appareil, tout près de réservoir
de carburant. Un groupe d’individus, par colère ou par désespoir, avait essayé
d’empêcher l’appareil de décoller. Mais
si le vaisseau explosait maintenant, nous allions tous mourir, jeunes ou
vieux !
Je courus avec mon équipe pour éteindre le feu. Une fumée
noire rendait l’air étouffant et les gens hurlaient de peur. Après quelques
minutes, nous réussîmes enfin à arrêter l’incendie. Mais un ingénieur annonça
une terrible nouvelle : le moteur était endommagé. Nous devions
alléger le vaisseau, il n’y avait maintenant plus assez de place pour tous à bord. La foule commença à paniquer. Des familles pleuraient. Des
parents suppliaient les soldats de laisser entrer leurs enfants. Je regardais
toutes ces personnes et je me sentais horrible. Comment pouvais-je choisir qui
allait vivre et qui allait rester mourir sur Terre ?
Soudain, une nouvelle alarme retentit. Une énorme tempête
toxique approchait rapidement de la base spatiale. Un vent violent faisait
trembler les parois et des éclairs illuminaient le ciel noir. Si nous
attendions trop longtemps, le vaisseau ne pourrait plus décoller. Je pris ma tête entre mes mains. Quelle décision devais-je prendre ? Obéir aux ordres et sauver seulement quelques
personnes, ou désobéir et essayer de sauver tout le monde, sans être certain de réussir ?...
À ce moment, une jeune technicienne nommée Lina arriva en
courant vers moi.
« J’ai trouvé quelque chose ! » cria-t-elle.
Elle s'était rappelé qu’un deuxième vaisseau dormait sous la
base. Son grand-père y avait autrefois travaillé. L'appareil était vieux et abandonné depuis des années, mais il pouvait peut-être
encore fonctionner. Nous descendîmes rapidement dans les sous-sols avec
plusieurs mécaniciens. Après un long couloir sombre, nous découvrîmes enfin l’ancien vaisseau. Il était couvert de poussière, mais il semblait encore
solide. Les ingénieurs essayèrent de l’allumer : rien ne se passa. Le
réacteur n’avait plus d’énergie. Nous pensions que c’était la fin. Pourtant,
Lina eut une idée. Les grandes batteries solaires de la base contenaient encore
un peu d’électricité. Malgré la tempête, nous décidâmes d’aller les connecter
au deuxième vaisseau. Dehors, le vent était déchaîné. La pluie toxique tombait
sur nos combinaisons et le tonnerre faisait vibrer le sol. Nous tremblions de
peur, mais nous continuâmes notre travail. Enfin, les lumières du vieux
vaisseau s’allumèrent. Au même moment, un mécanicien essoufflé vint m’annoncer
que le moteur du premier vaisseau avait pu être réparé en urgence. Les
habitants applaudirent et crièrent de joie. Finalement, toutes les familles
purent monter à bord. Personne ne fut abandonné sur Terre.
Quelques minutes plus tard, les deux vaisseaux décollèrent
dans le ciel sombre. Je regardais la Terre disparaître lentement derrière les
nuages noirs. J’étais triste de quitter ma planète, mais heureux d’avoir trouvé
une solution. Après plusieurs semaines de voyage, nous arrivâmes enfin sur
Pluto. Les habitants sortirent des vaisseaux avec émotion. Certains pleuraient
de joie, d’autres regardaient leur nouvelle planète avec espoir. À ce
moment-là, je compris que ma décision difficile avait changé notre avenir. Nous
avions tous survécu ensemble. Je me promis alors que cette fois, les humains
protégeraient leur nouvelle planète, pour ne plus jamais refaire les mêmes
erreurs que sur Terre.
Zoé, 14 ans
Les blessures d’enfance peuvent passer un peu
inaperçues.
J’ai régulièrement entendu des personnes proches
me dire :"Non, je n’ai pas eu de traumatisme, j’ai eu une enfance
heureuse."
Alors qu’il était évident qu’il y avait une
douleur.
Ce qui ne veut pas dire que l’enfance n’était pas
heureuse, loin de là.
Car quelquefois, dans cette enfance heureuse, se
cache au détour de phrases, répétées bien souvent, des micro-traumatismes qui
mis bout à bout créent des dégâts.
La personne n’a pas subi un jour d’été ou d’hiver
un traumatisme tel qu’il lui laissera à tout jamais une empreinte. C’est moins
identifiable.
Mais gentiment, régulièrement, insidieusement et
sans malice, des mots, des idées ont été posées là, dans le cœur de l’enfant.
Ça se fait doucement, sans vraiment s’en apercevoir, ce n’est pas douloureux,
c’est presque invisible.
Mais répété jour après jour, ou semaine après
semaine, la blessure s’installe aussi sûrement qu’un violent traumatisme.
Des remarques, des idées qui sont prononcées…
Ah, ton frère lui, il y arrive.
Tu n’es pas aussi doué que ta sœur.
Toi t’es gentil. (Mais on entend aussi que bon
rime avec con, alors être gentil… n’est ce pas être un peu con ?
…
Des phrases dites sans méchanceté, sans vouloir
être blessant, laissent bien souvent des blessures invisibles, non reconnues
car presque indolores en apparence, donc non soignées.
Des blessures qui laissent au cœur une trace.
Alors, à celles et ceux qui se croient cons, qui
pense que l’on pense d’eux qu’ils sont cons….
Laissez là vos croyances que vous entretenez et
soignez ces micro-traumatismes « anodins ».
Les reconnaître ne signifie pas en vouloir aux
personnes qui ont dit ces mots blessants, cela signifie simplement reconnaître
sa douleur et donc pouvoir la soigner.
A chaque fois que l’idée que vous êtes con ou que
l’on vous pense con, prenez le temps d’une pause en serrant dans vos bras
l’enfant que vous êtes à cet instant.
Murmurez lui que non, il n'est pas con,
il est intelligent, gentil, sensible.
Vous prenez bien le temps d’avaler des cachets
quand vous êtes malade.
Reconnaissez ces blessures au même titre qu’une
angine, un diabète, ou je ne sais quoi d’autre et soignez-les avec autant
d’attention.
Ce soin est aussi important que le soin du corps.
Car soigner ces
lointaines blessures aide à réellement mieux vivre.
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"I change, but I cannot die."
Percy Bysshe SHELLEY, The cloud
Levez les yeux ! C’est moi qui passe sur vos têtes,
Diaphane et léger, libre dans le ciel pur ;
L’aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes,
Je plonge et nage en plein azur.
Comme un mirage errant, je flotte et je voyage.
Coloré par l’aurore et le soir tour à tour,
Miroir aérien, je reflète au passage
Les sourires changeants du jour.
Le soleil me rencontre au bout de sa carrière
Couché sur l’horizon dont j’enflamme le bord ;
Dans mes flancs transparents le roi de la lumière
Lance en fuyant ses flèches d’or.
Quand la lune, écartant son cortège d’étoiles,
Jette un regard pensif sur le monde endormi,
Devant son front glacé je fais courir mes voiles,
Ou je les soulève à demi.
On croirait voir au loin une flotte qui sombre,
Quand, d’un bond furieux fendant l’air ébranlé,
L’ouragan sur ma proue inaccessible et sombre
S’assied comme un pilote ailé.
Dans les champs de l’éther je livre des batailles ;
La ruine et la mort ne sont pour moi qu’un jeu.
Je me charge de grêle, et porte en mes entrailles
La foudre et ses hydres de feu.
Sur le sol altéré je m’épanche en ondées.
La terre rit ; je tiens sa vie entre mes mains.
C’est moi qui gonfle, au sein des terres fécondées,
L’épi qui nourrit les humains.
Où j’ai passé, soudain tout verdit, tout pullule ;
Le sillon que j’enivre enfante avec ardeur.
Je suis onde et je cours, je suis sève et circule,
Caché dans la source ou la fleur.
Un fleuve me recueille, il m’emporte, et je coule
Comme une veine au coeur des continents profonds.
Sur les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou s’engouffre à travers les monts.
Rien ne m’arrête plus ; dans mon élan rapide
J’obéis au courant, par le désir poussé,
Et je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu’un bras invisible a lancé.
Océan, ô mon père ! Ouvre ton sein, j’arrive !
Tes flots tumultueux m’ont déjà répondu ;
Ils accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant leur accueil éperdu.
En ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous allons, confondus, recommencer ensemble
Nos fureurs et nos jeux sans fin.
Mais le soleil, baissant vers toi son oeil splendide,
M’a découvert bientôt dans tes gouffres amers.
Son rayon tout puissant baise mon front limpide :
J’ai repris le chemin des airs !
Ainsi, jamais d’arrêt. L’immortelle matière
Un seul instant encor n’a pu se reposer.
La Nature ne fait, patiente ouvrière,
Que dissoudre et recomposer.
Tout se métamorphose entre ses mains actives ;
Partout le mouvement incessant et divers,
Dans le cercle éternel des formes fugitives,
Agitant l’immense univers.
Louise ACKERMANN, Poésies Philosophiques