"Papiers, petits papiers" - Concours Princesse Verdine 2025

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Vous m'avez demandé où lire le texte pour lequel j'avais été primée en juin dernier (lors du concours de nouvelles annuel organisé par l'association française "Princesse Verdine"). 

Le thème "Papiers, petits papiers" m'avait inspirée : j'avais écrit et envoyé deux textes (nombre maximal de participations autorisé), très différents dans le fond et la forme. Chaque nouvelle ne devait pas faire plus de trois pages.

Le concours est maintenant achevé et la diffusion des textes autorisée. Voici la liste des dix nouvelles retenues pour édition dans un recueil (cliquez sur leur titre en bleu pour les découvrir). 


1er prix : " Un amour de papier ", par Hibou

2e prix : " Les ailes du papier ", par Sylvie Ptitsa

3e prix : " Laissez venger les p'tits papiers ", par Persoons



Autres textes (par ordre alphabétique)



Le billet russe " (auteur non indiqué)

Le lépisme  ", par Isaclem

Ma maison de papier ", par Coquelicot



Une tempête ", par Casa Mia


Un peu usée mais...

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Laure Talavet-Omont en parlait dans son interview (c'était ici) : chacun de nous peut agir à sa mesure sur les changements économiques et sociétaux, à travers les choix qu'il pose en tant que consommateur. 

A l'échelle planétaire, notre place est minuscule, dérisoire même ; pourtant, multiplié par autant d'individus, notre pouvoir décisionnel a du poids dans la balance. 

Comme Laure, je pense qu'on ne peut être exemplaire en tout et qu'il est plus réaliste de se demander : où sont mes priorités ? Quels efforts suis-je prêt(e) à faire  ? Sur combien de temps ? Où cela fait-il sens pour moi de m'engager, de me positionner ? A quoi suis-je prêt à renoncer, et quelles en seront aussi les contreparties positives pour moi ? 

Quand j'ai fait publier mes premiers livres, j'ai cherché un éditeur éco-responsable .

Quand l'hébergeur de mon site internet a été racheté, l'hiver dernier, par une plate-forme dont je n'aimais pas les valeurs ni les méthodes, j'ai préféré les quitter pour une autre, même s'il m'a fallu des mois pour la trouver et maîtriser les compétences requises.

Quand le site qui sauvegardait mes données en ligne a crashé, là encore, j'ai cherché une autre plate-forme, plus éco-responsable, plus éthique, et j'ai trouvé Infomaniak, dont je suis très satisfaite. 

Comme l'héroïne (réelle) de "D'est en ouest" (2011), j'ai rebâti, remanié, refondu, refondé... en mieux.

A bien des égards, je ne me trouve pas exemplaire, il y a tant de domaines où j'estime que je pourrais ou aurais pu mieux faire. Mais ce que je pouvais faire, au moins en partie, je ne l'ai pas laissé au conditionnel : je l'ai fait.

Inconnus à connaître

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En septembre, j'avais participé à un jeu d'écriture proposé par "Le Paginarium" sur le thème "Lettre à un(e) inconnue" (règles détaillées du jeu : ici. Pour lire ma proposition : c'est par là !).

Trois textes ont finalement été retenus : le mien n'en faisait pas partie, mais j'ai eu un immense plaisir à me plonger dans les créations sélectionnées par le jury.

J'avais déjà évoqué l'une d'elles dans l'article du 2 novembre : le texte de Botovahiny.

Aujourd'hui, j'ai découvert celle d'Aurore Lancry, que j'ai également beaucoup appréciée. Je vous propose de la lire en cliquant sur le lien ci-après : Le Paginarium, la plateforme des créations originales.

Je n'ai pas accroché au 3e texte, "Au crépuscule", de Vanessa Covos, ni dans le fond ni dans la forme. Quoiqu'original, il est trop sombre pour moi. Contrairement aux deux autres, je trouve aussi qu'il manque un peu de subtilité, de finesse, de maturité peut-être. A tort ou à raison, il me semble être l'oeuvre d'une plume encore jeune, qui n'a pas encore développé toutes ses nuances.

Au courrier du jour, ce matin, j'ai trouvé un mail de l'Université du Temps Libre  (quel joli nom !) à Lille, qui m'informait qu'un autre de mes textes, envoyé en juin, avait été sélectionné, avec ceux de 13 autres plumes, pour le concours d'écriture "Quelles Nouvelles ?" 2025, dont le sujet tenait en un unique mot : "Vivant".

Qui vivra verra !


De vous à moi

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Texte écrit pour l'appel à textes du Paginarium sur le thème : "Lettre à un inconnu" - Détails ici


Cher inconnu,

 

Dans ma langue, je m’appelle « Destin ». Pourtant, c’est vous qui, pour moi, avez incarné sa main. Cette lettre ne vous atteindra jamais : je n’ai aucun moyen de vous retrouver. Vous n’avez rien su, probablement même rien pressenti, de ce qui se jouait intensément à travers un geste fugace d’une journée ordinaire de votre quotidien… ou peut-être pas ? Serait-il possible que chacun de nous ait, à son insu, infléchi de manière inoubliable la trajectoire de l’autre ? Je ne le saurai jamais, moi non plus. Je ne peux que faire mémoire de ces instants qui appartiennent au passé, mais sans lesquels mon présent, et même mon avenir, auraient été si indéniablement différents.

Qu’est-ce qui vous a fait céder, ce jour-là ? L’agacement, la lassitude, l’ennui ? L’apitoiement, l’empathie, une sincère compassion ? J’ai lu clairement, dans vos yeux, les doutes et l’hésitation. Etait-ce une bonne chose d’accéder à ma demande ? Ne s’agissait-il pas d’une énième tromperie ? Autour de nous, la foule grouillait, les passants se pressaient, les freins crissaient. La trépidation citadine stoppait net à deux pas de nos corps légèrement inclinés l’un vers l’autre, de cette bulle de silence prête à exploser avec vos premiers mots. Résignée, j’anticipais votre refus, votre dédain, votre fuite. Déjà, mon regard quêtait une autre échappatoire. Quelle stupidité… pourquoi m’étais-je adressée à un homme ? Que pouvais-je attendre d’eux ?  Une femme se serait laissée émouvoir, aurait fait un geste par solidarité, aurait deviné, peut-être... J’aurais pu essayer de lui expliquer, lui donner des détails, lever le malentendu… tandis que vous, l’élégant monsieur en pardessus dont les mains gantées de cuir serraient fermement l’attaché-case impeccable, avec quels mots alliez-vous rejeter ma requête ? Seriez-vous dédaigneux, méprisant, glacial ? Me congédieriez-vous d’un geste muet, évasif, irrité, comme on se débarrasse d’un insecte indésirable ? Murmureriez-vous une excuse hâtive pour vous précipiter hors de portée ?...

Ma main tendue vers vous, la tête baissée, honteuse, j’attendais votre verdict tout en me demandant qui je pourrais solliciter dès qu’il serait tombé. Dans quelques minutes à peine, il serait trop tard. Il me fallait l’argent, il me fallait cette somme, cette somme dérisoire mais essentielle, il me la fallait absolument…

Sans vous voir, je devinais les pensées contradictoires qui vous agitaient : « Que fera-t-elle de cet argent ? C’est sûrement encore une arnaque pour s’acheter de l’alcool ou de la drogue ! Ils disent tous ça, maintenant. Un billet de train ! Eh bien, qu’ils prennent le bus, un vélo électrique, ou qu’ils rentrent à pied ! Ou qu’ils annoncent clairement la couleur et disent qu’ils ont besoin de se shooter ! Non, évidemment, ça ne prendrait pas… Enfin… Que faire ?... Quelque chose est troublant dans son attitude. Elle n’est ni sale, ni vulgaire, ni dépenaillée. Elle ne trimballe aucun cabas informe ou chariot à roulettes rempli de bric-à-brac. Elle a une valise, une vraie. Et si son histoire était vraie, elle aussi ? Si elle avait vraiment besoin de ces quelques euros pour prendre son train ? Après tout, ça ne représente pas un grand danger pour mon porte-monnaie… Mais l’idée de me faire avoir par cette jeunette me déplaît… L’idée de me faire gruger tout court m’exaspère !...»

L’attente était trop longue, j’avais fini par renoncer. Je ne cherchais même plus qui importuner après vous. De toute façon, c’était foutu. Je n’avais jamais eu de chance, j’allais foirer cette fois encore et ce serait la fois de trop. La der des der. Le train partirait sans moi, il ne me resterait plus qu’à me jeter dessous.

J’avais bien préparé mon coup, pourtant. Fait ma valise en douce. Minutieusement organisé mon départ. Economisé l’argent, mois après mois, sur le liquide des courses. Heureusement, il ne refaisait pas les comptes d’après les tickets de caisse. Il me laissait les billets sur la table et se contentait d’attendre que je remplisse le frigo. Comme il se contentait d’attendre tout le reste, qui lui était dû. Il était l’homme. Ma tâche était de le servir, de le contenter, de lui obéir.

Mais depuis que je l’avais entendu évoquer, sans qu’il le sache, ce mariage arrangé avec un vieillard adipeux de la communauté, juste parce que cela convenait à leurs affaires, ma décision était prise. Je ne laisserais pas ce mollusque se coller à ma chair, pomper ma vie, arracher ma virginité. Je ne serais pas son esclave après avoir été celle de mon père, de mes oncles, de mes frères. Je n’arrêterais pas mes études pour le satisfaire en tout et le laisser m’engrosser régulièrement. Je ne deviendrais pas un corps avachi, servile, flétri, enseveli sous des murailles de toile. Par ce choix, je me mettrais à dos ma famille et ma communauté. Je jetterais l’opprobre sur eux. Il battrait mes sœurs pour leur extorquer des aveux, et je devrais vivre le reste de mon existence avec le poids de cette culpabilité ajouté à celui de ma solitude, car je ne les reverrais pas.  Je serais recherchée par le clan, non pour être ramenée dans « le droit chemin », mais pour être exécutée, « pour l’exemple ». Je ne pourrais trouver le salut que loin, très loin de chez moi, où je ne reviendrais jamais, pas même dans mon pays. Le droit de choisir ma vie était à ce prix. Heureusement qu’à l’école, j’avais appris un peu d’anglais…

Tout s’était déroulé selon mon plan, tout avait glissé avec facilité sur les rails conciliants du destin, ce fameux destin inscrit dans mon prénom… J’étais arrivée jusqu’ici. J’avais passé la frontière. J’étais presque hors de danger. Il me restait ce dernier train à prendre avant de rejoindre le foyer, et juste assez d’argent pour le dernier billet.

Alors, le destin d’être née femme m’avait rattrapée. Erreur fatale, je n’avais pas intégré ce détail à mon plan. Mon cycle menstruel, figé par la peur depuis plusieurs mois, s’était réveillé. Mon ventre avait senti le souffle de la liberté : il s’était remis à vivre. La coulée poisseuse s’amplifiait, dévalait, enflait, gagnait du terrain, menaçait de tacher mes vêtements clairs. Je n’avais rien dans ma valise pour parer à cela. Le sang risquait d’attirer l’attention sur moi, c’était la dernière chose dont j’avais besoin !

Dans l’urgence, j’avais dû acheter des protections. Et le montant de cet achat manquait désormais à mon budget du dernier voyage. Monter sans billet ? Au risque de me faire prendre, refouler, interroger… ? Changer le billet, descendre plus tôt ? Pour aller où ? Je n’avais qu’un point de chute : viendraient-ils me chercher si je n’arrivais pas jusqu’au foyer ? Pas sûr. Pas le temps non plus. Je voulais arriver en sécurité au plus vite. Que quelqu’un s’interpose si jamais, par malheur, «ils» retrouvaient ma trace. Ne restait que mendier. Je ne l’avais jamais fait. Mais quel autre recours… ? Ce monsieur élégant était passé tout près, il avait accepté de s’arrêter, de me regarder, de m’écouter…

Cette poignée d’euros, cher inconnu, si peu de chose pour vous, ont fait pour moi toute la différence. Grâce à eux, grâce à vous, je ne me suis pas jetée sous le train, je suis montée dedans avec un passeport pour la liberté.

Je vis toujours au foyer. Je travaille le jour et le soir, j’étudie. Je m’accroche à mon rêve d’intégrer l’université. Mais au-delà de ce geste déjà immensément précieux à mes yeux, vous m’avez fait un autre cadeau, plus inestimable encore, que vous ignorez encore davantage que le premier : vous m’avez appris qu’un homme pouvait être un allié. Que l’autre sexe pouvait être soutenant plutôt que souteneur, qu’une relation saine avec lui était possible, même l’espace fragile de quelques instants.

Alors, même si vous ne la lirez jamais, j’ai voulu vous écrire cette lettre, pour bien me souvenir. Merci.

 

Hessah



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Pas le choix ?

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"Il n'est d'autres barrières que celles qu'on se met au coeur." - ZAZ, "La lessive"


"C’est comme ça, je n’ai pas le choix."
 

Cette phrase me gêne autant que le ton fataliste avec lequel elle est en général prononcée et le fameux conditionnel passé dont je vous ai déjà parlé.

C’est vrai, dans la vie, beaucoup d’imprévus nous chahutent, et quand ils sont "malheureux", on n’a pas le choix de les éviter, on n’a pas le choix de faire comme s’ils n’étaient jamais survenus. Ils laissent dans nos existences une trace profonde, ravinée, indélébile.

MAIS.

On a le choix de ce qu’on en fait.

On a le choix de la tournure d’esprit que l’on adopte à leur égard.

On a le choix d’être accablé ou de se saisir de l’occasion "contraire" pour la retourner à son avantage.

On a le choix, comme c’est arrivé à deux de mes amies, de se lamenter sur sa maison brûlée et ses souvenirs perdus dans l’incendie, ou de la reconstruire à neuf, plus proche de soi et de ce dont on rêvait (c'est devenu le livre « D’est en ouest » ).

On a le choix, à l’annonce d’un cancer, de se dire qu’on est foutu, ou de profiter de la vie qui reste au maximum. De faire tatouer ses cicatrices après une ablation des seins pour continuer à se sentir belle et femme (autre témoignage vécu d’une amie.)

Une des vidéos les plus difficiles que j’aie eu à enregistrer pour ma web TV fut le témoignage de deux familles qui avaient perdu un enfant, l’un par suicide, l’autre par noyade dans la piscine de la maison où ils venaient d’emménager. L’une des deux mères entretenait la mémoire de son fils en conservant sa chambre intacte, en se rappelant chaque année ce qu’il avait fait les précédentes à la même date. L’autre mère avait choisi d’avancer, avec son conjoint, pour leurs autres enfants, et aussi pour eux-mêmes. Recommencer à vivre n’est pas oublier, jamais. Cette deuxième maman pense autant à son fils que la première, sûrement avec la même émotion. Elles ont simplement fait des choix différents; elles se sont approprié le deuil différemment.

Hier encore, j'ai pris une grande leçon de vie en écoutant parler cette jeune fille de dix-huit ans et son amoureux. Il aurait été tellement plus facile de se résigner. Ils ont pris un autre chemin. 

Il n’est pas nécessaire d'attendre des circonstances tragiques pour poser des choix, pour décider de ne pas se sentir victime des événements. C'est une décision de soi à soi, un choix de vie qui nous engage. Il n'est jamais trop tard pour changer sa posture. On se sent tellement plus léger, puissant et créateur si l'on ose.

 

 

"Je fais partie de ceux qui pensent qu'y a pas de barrière infranchissable

Y faut y croire un peu, y a bien des fleurs qui poussent dans le sable"

 Grand Corps Malade, "Mental"

 

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