L'improvisation ne concerne pas seulement la musique ou le théâtre.
Improviser est une façon de
vivre. C’est une souplesse de l’âme. Ça ne se passe pas comme je m’y attendais
? Pas grave, j’improvise avec ce qui est à cet instant. Car me mettre en colère
contre les choses qui ne se passent pas comme je veux ne change pas du tout ce
qui est. Par contre en étant souple, en improvisant, alors j’apporte de la
légèreté, j’enlève le stress, j’en fait presque un jeu : comment faire avec ce
qui est et non ce que je pensais qui serait.
Car oui on peut se
faire tout un film sur le « comment ça va se passer » (ça peut aller d’un
projet de voyage au fait de ranger la table après le déjeuner) mais dans tout
ça si on oublie la part de l’autre, les aléas météorologiques ou je ne sais
quoi d’autre, ça veut dire qu’on pense vivre en vase clos juste avec soi-même.
Dans un monde que l’on pense prévisible mais qui en fin de compte est assez
triste.
La vie est
imprévue. À tous les niveaux. C’est une grande richesse.
Donc soit on
acquiert de la souplesse pour rendre les choses légères et même joyeuses. Soit
on reste comme on est, à réagir au quart de tour car les choses ne sont pas
telles que nous l’avions décidé.
Acquérir de la
souplesse, apprendre l’improvisation dans le concert de la vie c’est se rendre
service et rendre service à tous les autres autour de nous, c’est prendre soin
de la santé de chacun.
Allez ! Encore plus
d’improvisation et bien moins de stress !
Infolettre des Editions pour penser
Quand
la vie a fini de jouer
la mort remet tout en place
La
vie s’amuse
la mort fait le ménage
peu importe la poussière qu’elle cache sous le tapis
Il
y a tant de belles choses qu’elle oublie.
Jacques PREVERT
Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux.
Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre
Fasse autour d’un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher,
Quand l’enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se récrie, on l’appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poètes, de l’âme
Qui s’élève en priant ;
L’enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
Et les poëtes saints ! la grave causerie
S’arrête en souriant.
La nuit, quand l’homme dort, quand l’esprit rêve, à l’heure
Où l’on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L’onde entre les roseaux,
Si l’aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d’oiseaux !
Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S’emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés !
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
Car vos petites mains, joyeuses et bénies
N’ont point mal fait encor ;
Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange ;
Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange
À l’auréole d’or !
Vous êtes parmi nous la colombe de l’arche.
Vos pieds tendres et purs n’ont point l’âge où l’on marche ;
Vos ailes sont d’azur.
Sans le comprendre encor, vous regardez le monde.
Double virginité ! corps où rien n’est immonde,
Âme où rien n’est impur !
Il est si beau, l’enfant, avec son doux sourire,
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés,
Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers !
Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j’aime,
Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !
Victor Hugo, Les feuilles de l’Automne, XIX
" Le libéralisme économique (...) se révèle comme une idéologie en faillite. Son laisser-faire a déterminé des réussites partielles, mais a provoqué plus d'appauvrissements que d'enrichissements. Sous son égide, la mondialisation, le développement, l'occidentalisation - trois faces du même phénomène - se sont montrés incapables de traiter les problèmes vitaux de l'humanité. (...)
Nous devons prendre conscience que la mondialisation constitue à la fois le meilleur et le pire de ce qui a pu advenir à l'humanité.
Le meilleur, parce que tous les fragments de l'humanité sont pour la première fois devenus interdépendants, qu'ils vivent une communauté de destin qui crée la possibilité d'une Terre-Patrie, laquelle, répétons-le, loin de nier les patries singulières, les engloberait.
Le pire, parce qu'elle a donné le départ à une course effrénée vers des catastrophes en chaîne. L'essor incontrôlé des pouvoirs manipulateurs et destructeurs de la science et de la technique, le déchaînement tous azimuts de l'économie de profit ont engendré la prolifération des armes de destruction massive et la dégradation de la biosphère, cependant qu'aux totalitarismes du XXe siècle ont succédé la tyrannie d'un capitalisme financier qui ne connaît plus de bornes, soumet Etats et peuples à ses spéculations, et le retour de phénomènes de fermeture xénophobe, raciale, ethnique et territoriale. Les ravages conjugués d'une spéculation financière et de fanatismes-manichéismes aveugles amplifient et accélèrent les processus annonciateurs de catastrophes.
Nous devons en même temps prendre conscience que si le développement à l'oeuvre aujourd'hui dispense des prospérités "à l'occidentale" à une fraction des populations du monde, il a aussi produit d'énormes zones de misère et sécrète en soi de gigantesques inégalités.(...)
Ayons conscience du moment dramatique que nous vivons pour l'espèce humaine, de ses ambivalences, de ses risques et périls, mais aussi de ses chances."
Edgar MORIN et Stéphane HESSEL
"Le chemin de l'espérance", 2022