Les blessures invisibles

Rédigé par Sylvie PTITSA Aucun commentaire
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Les blessures d’enfance peuvent passer un peu inaperçues.

J’ai régulièrement entendu des personnes proches me dire :"Non, je n’ai pas eu de traumatisme, j’ai eu une enfance heureuse."

Alors qu’il était évident qu’il y avait une douleur.

Ce qui ne veut pas dire que l’enfance n’était pas heureuse, loin de là.

Car quelquefois, dans cette enfance heureuse, se cache au détour de phrases, répétées bien souvent, des micro-traumatismes qui mis bout à bout créent des dégâts.

La personne n’a pas subi un jour d’été ou d’hiver un traumatisme tel qu’il lui laissera à tout jamais une empreinte. C’est moins identifiable.

Mais gentiment, régulièrement, insidieusement et sans malice, des mots, des idées ont été posées là, dans le cœur de l’enfant. 

Ça se fait doucement, sans vraiment s’en apercevoir, ce n’est pas douloureux, c’est presque invisible. 

Mais répété jour après jour, ou semaine après semaine, la blessure s’installe aussi sûrement qu’un violent traumatisme.

Des remarques, des idées qui sont prononcées…

Ah, ton frère lui, il y arrive.

Tu n’es pas aussi doué que ta sœur.

Toi t’es gentil. (Mais on entend aussi que bon rime avec con, alors être gentil… n’est ce pas être un peu con ?

Des phrases dites sans méchanceté, sans vouloir être blessant, laissent bien souvent des blessures invisibles, non reconnues car presque indolores en apparence, donc non soignées.  

Des blessures qui laissent au cœur une trace.

Alors, à celles et ceux qui se croient cons, qui pense que l’on pense d’eux qu’ils sont cons….

Laissez là vos croyances que vous entretenez et soignez ces micro-traumatismes « anodins ».

Les reconnaître ne signifie pas en vouloir aux personnes qui ont dit ces mots blessants, cela signifie simplement reconnaître sa douleur et donc pouvoir la soigner.

A chaque fois que l’idée que vous êtes con ou que l’on vous pense con, prenez le temps d’une pause en serrant dans vos bras l’enfant que vous êtes à cet instant. 

Murmurez lui que non, il n'est pas con, il est intelligent, gentil, sensible.

Vous prenez bien le temps d’avaler des cachets quand vous êtes malade.

Reconnaissez ces blessures au même titre qu’une angine,  un diabète, ou je ne sais quoi d’autre et soignez-les avec autant d’attention. 

Ce soin est aussi important que le soin du corps. 

Car soigner ces lointaines blessures aide à réellement mieux vivre.


Infolettre des Editions pour penser

Le nuage

Rédigé par Sylvie PTITSA Aucun commentaire
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"I change, but I cannot die."   
Percy Bysshe SHELLEY, The cloud

Levez les yeux ! C’est moi qui passe sur vos têtes,
Diaphane et léger, libre dans le ciel pur ;
L’aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes,
Je plonge et nage en plein azur.

Comme un mirage errant, je flotte et je voyage.
Coloré par l’aurore et le soir tour à tour,
Miroir aérien, je reflète au passage
Les sourires changeants du jour.

Le soleil me rencontre au bout de sa carrière
Couché sur l’horizon dont j’enflamme le bord ;
Dans mes flancs transparents le roi de la lumière
Lance en fuyant ses flèches d’or.

Quand la lune, écartant son cortège d’étoiles,
Jette un regard pensif sur le monde endormi,
Devant son front glacé je fais courir mes voiles,
Ou je les soulève à demi.

On croirait voir au loin une flotte qui sombre,
Quand, d’un bond furieux fendant l’air ébranlé,
L’ouragan sur ma proue inaccessible et sombre
S’assied comme un pilote ailé.

Dans les champs de l’éther je livre des batailles ;
La ruine et la mort ne sont pour moi qu’un jeu.
Je me charge de grêle, et porte en mes entrailles
La foudre et ses hydres de feu.

Sur le sol altéré je m’épanche en ondées.
La terre rit ; je tiens sa vie entre mes mains.
C’est moi qui gonfle, au sein des terres fécondées,
L’épi qui nourrit les humains.

Où j’ai passé, soudain tout verdit, tout pullule ;
Le sillon que j’enivre enfante avec ardeur.
Je suis onde et je cours, je suis sève et circule,
Caché dans la source ou la fleur.

Un fleuve me recueille, il m’emporte, et je coule
Comme une veine au coeur des continents profonds.
Sur les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou s’engouffre à travers les monts.

Rien ne m’arrête plus ; dans mon élan rapide
J’obéis au courant, par le désir poussé,
Et je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu’un bras invisible a lancé.

Océan, ô mon père ! Ouvre ton sein, j’arrive !
Tes flots tumultueux m’ont déjà répondu ;
Ils accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant leur accueil éperdu.

En ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous allons, confondus, recommencer ensemble
Nos fureurs et nos jeux sans fin.

Mais le soleil, baissant vers toi son oeil splendide,
M’a découvert bientôt dans tes gouffres amers.
Son rayon tout puissant baise mon front limpide :
J’ai repris le chemin des airs !

Ainsi, jamais d’arrêt. L’immortelle matière
Un seul instant encor n’a pu se reposer.
La Nature ne fait, patiente ouvrière,
Que dissoudre et recomposer.

Tout se métamorphose entre ses mains actives ;
Partout le mouvement incessant et divers,
Dans le cercle éternel des formes fugitives,
Agitant l’immense univers.

Louise ACKERMANN, Poésies Philosophiques

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