La pépite de Zoé

Rédigé par Sylvie PTITSA Aucun commentaire
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Récemment, j'ai été contactée pour aider en français une jeune fille de 14 ans, scolarisée en 5e dans le secondaire luxembourgeois (l'équivalent d'une 3e française). Elle devait imaginer et écrire un récit de science-fiction, en respectant différents critères, sur l'un des 3 thèmes suivants:

-Une rencontre inattendue
-Une décision difficile
-Une expérience qui tourne mal

Nous avons travaillé ensemble les 3 sujets, et avec l'accord de la jeune auteure, je partage ici l'un de ses textes (selon moi le meilleur des trois), car j'ai été impressionnée par la maturité de sa réflexion et la qualité de son écrit. 
Je précise que toutes les idées sont les siennes et que je suis intervenue exclusivement sur la mise en forme (orthographe, conjugaison, syntaxe...), le français n'étant pas sa langue maternelle. Je lui ai dit que je n'aurais pas fait mieux et j'étais sincère. Bravo à elle pour ce récit tendu et profond qui pourrait être une nouvelle éditée !


Une décision difficile

 

J’étais assis à mon bureau, la tête entre mes mains, désespéré. Devant moi était posée la photo de ma famille au complet. J’étais le plus jeune, mais aussi le plus grand, et j’avais un sourire heureux qui me manquait terriblement aujourd’hui. Je ne savais pas comment avancer dans ma réflexion. Je tournais et je retournais le problème sans trouver de solution. Ce jour de 2090 était le pire de ma vie. Comment allais-je choisir ? Ce n’était pas ma faute si la vie sur Terre était devenue impossible. Je ne voulais pas rejoindre le vaisseau prêt pour le dernier voyage à destination de Pluto. Je ne voulais pas partir en laissant des gens derrière moi.

 

Une alarme retentit. Les écrans devinrent rouges et une voix annonça qu’il ne nous restait pas plus de deux heures avant le départ du vaisseau. Mon cœur battit plus vite. Je regardai encore et encore la liste des passagers, cherchant une dernière fois comment prendre cette décision  impossible. Dehors, le ciel était noir de pollution et d’humidité. Il allait sûrement y avoir un orage. La Terre était en train de mourir, épuisée par l’avidité humaine, et je n’avais plus que deux heures pour me permettre d’hésiter.

L’heure du départ approchait et les derniers habitants se tenaient près du vaisseau : certains devant la porte avec leur laisser-passer, d’autres autour, en cercle, avec une expression désolée. Une vieille femme courut vers l’entrée du vaisseau et des soldats la repoussèrent sans pitié. « Pas de place pour les anciens !, crièrent-ils. Pluto, notre nouvelle Terre, a besoin de personnes jeunes, fortes et en bonne santé pour construire l’avenir ! ». A peine le calme était-il revenu que l’alerte incendie sonna : il y avait des flammes près de l’appareil, tout près de réservoir de carburant. Un groupe d’individus, par colère ou par désespoir, avait essayé d’empêcher l’appareil de décoller.  Mais si le vaisseau explosait maintenant, nous allions tous mourir, jeunes ou vieux !

Je courus avec mon équipe pour éteindre le feu. Une fumée noire rendait l’air étouffant et les gens hurlaient de peur. Après quelques minutes, nous réussîmes enfin à arrêter l’incendie. Mais un ingénieur annonça une terrible nouvelle : le moteur était endommagé. Nous devions alléger le vaisseau, il n’y avait maintenant plus assez de place pour tous à bord. La foule commença à paniquer. Des familles pleuraient. Des parents suppliaient les soldats de laisser entrer leurs enfants. Je regardais toutes ces personnes et je me sentais horrible. Comment pouvais-je choisir qui allait vivre et qui allait rester mourir sur Terre ?

Soudain, une nouvelle alarme retentit. Une énorme tempête toxique approchait rapidement de la base spatiale. Un vent violent faisait trembler les parois et des éclairs illuminaient le ciel noir. Si nous attendions trop longtemps, le vaisseau ne pourrait plus décoller. Je pris ma tête entre mes mains. Quelle décision devais-je prendre ? Obéir aux ordres et sauver seulement quelques personnes, ou désobéir et essayer de sauver tout le monde, sans être certain de réussir ?...

À ce moment, une jeune technicienne nommée Lina arriva en courant vers moi.

« J’ai trouvé quelque chose ! » cria-t-elle.

Elle s'était rappelé qu’un deuxième vaisseau dormait sous la base. Son grand-père y avait autrefois travaillé. L'appareil était vieux et abandonné depuis des années, mais il pouvait peut-être encore fonctionner. Nous descendîmes rapidement dans les sous-sols avec plusieurs mécaniciens. Après un long couloir sombre, nous découvrîmes enfin l’ancien vaisseau. Il était couvert de poussière, mais il semblait encore solide. Les ingénieurs essayèrent de l’allumer : rien ne se passa. Le réacteur n’avait plus d’énergie. Nous pensions que c’était la fin. Pourtant, Lina eut une idée. Les grandes batteries solaires de la base contenaient encore un peu d’électricité. Malgré la tempête, nous décidâmes d’aller les connecter au deuxième vaisseau. Dehors, le vent était déchaîné. La pluie toxique tombait sur nos combinaisons et le tonnerre faisait vibrer le sol. Nous tremblions de peur, mais nous continuâmes notre travail. Enfin, les lumières du vieux vaisseau s’allumèrent. Au même moment, un mécanicien essoufflé vint m’annoncer que le moteur du premier vaisseau avait pu être réparé en urgence. Les habitants applaudirent et crièrent de joie. Finalement, toutes les familles purent monter à bord. Personne ne fut abandonné sur Terre.


Quelques minutes plus tard, les deux vaisseaux décollèrent dans le ciel sombre. Je regardais la Terre disparaître lentement derrière les nuages noirs. J’étais triste de quitter ma planète, mais heureux d’avoir trouvé une solution. Après plusieurs semaines de voyage, nous arrivâmes enfin sur Pluto. Les habitants sortirent des vaisseaux avec émotion. Certains pleuraient de joie, d’autres regardaient leur nouvelle planète avec espoir. À ce moment-là, je compris que ma décision difficile avait changé notre avenir. Nous avions tous survécu ensemble. Je me promis alors que cette fois, les humains protégeraient leur nouvelle planète, pour ne plus jamais refaire les mêmes erreurs que sur Terre.


Zoé, 14 ans



Les blessures invisibles

Rédigé par Sylvie PTITSA Aucun commentaire
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Les blessures d’enfance peuvent passer un peu inaperçues.

J’ai régulièrement entendu des personnes proches me dire :"Non, je n’ai pas eu de traumatisme, j’ai eu une enfance heureuse."

Alors qu’il était évident qu’il y avait une douleur.

Ce qui ne veut pas dire que l’enfance n’était pas heureuse, loin de là.

Car quelquefois, dans cette enfance heureuse, se cache au détour de phrases, répétées bien souvent, des micro-traumatismes qui mis bout à bout créent des dégâts.

La personne n’a pas subi un jour d’été ou d’hiver un traumatisme tel qu’il lui laissera à tout jamais une empreinte. C’est moins identifiable.

Mais gentiment, régulièrement, insidieusement et sans malice, des mots, des idées ont été posées là, dans le cœur de l’enfant. 

Ça se fait doucement, sans vraiment s’en apercevoir, ce n’est pas douloureux, c’est presque invisible. 

Mais répété jour après jour, ou semaine après semaine, la blessure s’installe aussi sûrement qu’un violent traumatisme.

Des remarques, des idées qui sont prononcées…

Ah, ton frère lui, il y arrive.

Tu n’es pas aussi doué que ta sœur.

Toi t’es gentil. (Mais on entend aussi que bon rime avec con, alors être gentil… n’est ce pas être un peu con ?

Des phrases dites sans méchanceté, sans vouloir être blessant, laissent bien souvent des blessures invisibles, non reconnues car presque indolores en apparence, donc non soignées.  

Des blessures qui laissent au cœur une trace.

Alors, à celles et ceux qui se croient cons, qui pense que l’on pense d’eux qu’ils sont cons….

Laissez là vos croyances que vous entretenez et soignez ces micro-traumatismes « anodins ».

Les reconnaître ne signifie pas en vouloir aux personnes qui ont dit ces mots blessants, cela signifie simplement reconnaître sa douleur et donc pouvoir la soigner.

A chaque fois que l’idée que vous êtes con ou que l’on vous pense con, prenez le temps d’une pause en serrant dans vos bras l’enfant que vous êtes à cet instant. 

Murmurez lui que non, il n'est pas con, il est intelligent, gentil, sensible.

Vous prenez bien le temps d’avaler des cachets quand vous êtes malade.

Reconnaissez ces blessures au même titre qu’une angine,  un diabète, ou je ne sais quoi d’autre et soignez-les avec autant d’attention. 

Ce soin est aussi important que le soin du corps. 

Car soigner ces lointaines blessures aide à réellement mieux vivre.


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